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De la rue à l'orchestre, les enfants prodiges du Vénézuela Version imprimable Suggérer par mail
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« L'avenir de la musique classique est au Venezuela. » Cette déclaration surprenante vient de Simon Rattle, le directeur de l'illustre orchestre philharmonique de Berlin.

L'ampleur du phénomène Sistema


C'est dire l'ampleur du phénomène Sistema, né au Venezuela en 1975 mais qui est longtemps resté ignoré. Sa reconnaissance actuelle est une des conséquences les plus marquantes de l'engouement que connaît l'irrésistible Gustavo Dudamel, pur fruit d'« el Sistema ».
On peut le voir diriger un extrait de « West Side Story » de Leonard Bernstein, avec l'Orchestre des jeunes Simon Bolivar, aux Prom's à Londres en 2007

Alors que son père, tromboniste, l'a initié à la musique, Gustavo a rejoint El Sistema à 10 ans. Né en 1981 à Barquisimento, au nord du Vénézuela, l'une des régions les plus pauvres du pays, il se prend très jeune de passion pour le classique.
La légende dit que sa tante lui a offert à 6 ans la partition de la « Cinquième Symphonie » de Beethoven et que, à la tête d'un orchestre imaginaire, il la dirigeait devant ses parents.
Une fois au Sistema, son maître en direction d'orchestre est José Antonio Abreu, celui là même qui, il y a trente cinq ans, partait en guerre contre les gangs avec la gamme de sept notes pour seules armes. Et inventait El Sistema.

Abreu a une conviction : la pratique de la musique par les enfants est la meilleure réponse possible aux violences des gangs qui ensanglantent les quartiers les plus pauvres, les « barrios », complètement abandonnés des pouvoirs publics.
Cet homme tout à la fois économiste, homme politique et chef d'orchestre, veut opposer à la terreur la musique et son « système » social (choeurs et orchestre), qui induisent discipline, travail, écoute des autres, responsabilité.

D'innombrables orchestres essaiment dans tout le pays

C'est ainsi qu'en 1975 naît à Caracas le premier orchestre de jeunes formé avec douze enfants des « barrios ». Le classique a quitté sa tour d'ivoire pour entrer de plain pied dans la réalité venezuelienne.
Aujourd'hui, 265 000 enfants de 2 à 16 ans sont intégrés au Sistema. Après l'école le matin, ils vont chaque après-midi dans un centre de musique où ils travaillent quatre heures. Il existe 270 de ces centres, nommés « nucléos », au Venezuela.
L'enseignement y est gratuit, la méthode éducative y est la même : il ne s'agit pas tant d'atteindre la perfection technique que d'apprendre à jouer ensemble. A l'exclusion répond l'intégration.

Le rêve de ces musiciens en herbe est d'être admis dans un de ces innombrables orchestres qui ont essaimé partout. A l'échelle d'un pays de 22 millions d'habitants, il y a aujourd'hui 125 orchestres de jeunes, 57 orchestres d'enfants et 30 orchestres professionnels.
« Les orchestres d'enfants, c'est devenu un service social »
José Antonio Abreu :
« Il y a vingt ans, ce n'était pas simple de convaincre les maires des villes de subventionner les orchestres d'enfants. Maintenant, c'est plutôt nous qui avons du mal à satisfaire la demande.
C'est devenu un service social. »

Les « orchestres en papier » initient les petits de 2 ans. Pour de faux, les instruments en papier, mais pour de vrai, ce que l'on leur apprend : le fonctionnement d'un orchestre, d'un instrument, ce qu'est une « noire », une « ronde », une « croche », d'où vient le son…
C'est le début pour eux d'une longue route vers, qui sait, la consécration : être admis dans l'Orchestre des jeunes Simon Bolivar, sommet de la pyramide du Sistema.
Le travail y est dur : les répétitions sont quotidiennes, pour des concerts tous les week-ends. Le lieu de résidence de l'orchestre est le théâtre Teresa Carreño à Caracas, considérée comme une des villes les plus dangereuses du monde. Les musiciens habitent tout près pour éviter le plus possible de se retrouver dehors la nuit.

Le public en délire lors des tournées à l'étranger
N'empêche toutes ces difficultés : la formation, parfaitement au point, provoque des délires dans le public lors de ses tournées internationales. Après Bernstein, découvrez l'orchestre dans Chostakovitch, la fin du 1er mouvement de la 10e symphonie, à Londres en 2007.
Gustavo Dudamel, depuis 1999, préside à sa destinée. Il est aussi aujourd'hui, à 28 ans, directeur musical de l'Orchestre Philharmonique de Los Angeles où son associé est le jeune chef français Lionel Bringuier.
Son charisme sidérant, son énergie époustouflante et son anticonformisme ébouriffant sont naturels comme la joie des enfants venezuliens saisissant leurs instruments pour jouer et danser avec leurs copains.

Pas étonnant alors qu'el Sistema, incarné dans ce chef dont la renommée explose hors des frontières, fasse bouger de façon irréversible les lignes du classique.
« A l'origine l'art était fait par une minorité pour une minorité. Puis il a été fait par une minorité pour une majorité. Maintenant, c'est le commencement d'une nouvelle ère, où l'art sera fait par une majorité pour une majorité. » José Antonio Abreu.

Voir l'article originel et toutes les vidéos ci-dessous:
http://www.rue89.com/droles-de-gammes/2009/10/22/venezuela-un-sistema-et-toute-la-jeunesse-seprend-de-classique

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