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  bandeau jeudi
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''Ça n’a pas de prix, donc ce n’est pas reconnu'' Version imprimable Suggérer par mail
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ImageC’est l’homme qui est chargé de rendre sa vraie valeur à la nature. Celui qui évalue, par exemple, les services rendus par la forêt tropicale à 3.400 milliards de dollars par an. L’économiste indien Pavan Sukhdev pilote depuis plus d’un an, sous l’égide de la Commission européenne et des Nations unies, l’étude TEEB (The Economics of Ecosystem and Biodiversity).

Après un rapport intermédiaire en 2008, les experts rendront leurs conclusions par étape d’ici à un an, en commençant, mi-novembre, par l’étude à l’attention des décideurs. Libération l’a joint hier.

Libération : Pourquoi chercher à donner un prix à la biodiversité ?

Pavan Sukhdev : Aujourd’hui, la plupart des services rendus par la biodiversité sont des services publics : fixation du carbone, stabilisation des sols, fourniture d’eau potable, de nourriture, possibilité d’écotourisme… Beaucoup de ces services échappent au marché, qui ne fonctionne que pour les biens et les services privés. Comme ils n’ont pas de prix, ils ne sont pas reconnus. On leur donne une valeur économique… de zéro.

Libération : Donner un prix, n’est-ce pas permettre de payer pour détruire ?

Pavan Sukhdev : C’est la façon négative de voir les choses : payer pour polluer. Donner un prix permet, selon nous, au contraire de conserver ce qui ne l’est pas aujourd’hui. C’est le rôle des gouvernements d’investir dans le bien-être public.

Libération : Quels sont les écosystèmes les plus en danger ?

Pavan Sukhdev : Les deux plus menacés sont les forêts tropicales et les récifs coralliens. Les forêts jouent un rôle crucial dans la régulation climatique. Elles ont aussi un rôle social important car elles sont majoritairement situées dans des pays en développement : en plus de leur intérêt mondial, sur le CO2, elles dégagent des bénéfices locaux.

Libération : Et les coraux ?

Pavan Sukhdev : Des millions de gens en dépendent, pour la nourriture, le climat, la protection des côtes. Les services touristiques liés aux coraux peuvent être évalués jusqu’à un million de dollars par hectare et par an. Mais tout cela pourrait être perdu. Les scientifiques nous disent que si on ne baisse pas les taux de CO2 dans l’atmosphère, c’est sans espoir. Les participants de Copenhague sont face à un choix éthique : avoir encore des récifs coralliens ou ne plus en avoir. Que leur valeur soit d’un dollar ou un million, ça ne fait plus de différence.

Libération : Faut-il aller payer les pays qui protègent la biodiversité ?

Pavan Sukhdev : Les communautés qui s’investissent dans la protection de la biodiversité rendent un service non rémunéré. Or, cela pourrait être un transfert économique justifié : des pays qui n’ont pas de forêt primaire vers ceux qui en ont et la conservent. L’Allemagne, la Norvège ou l’Australie ont commencé. Mais ce ne sont que des accords bilatéraux. Il faut structurer ce type d’échange.

Libération : Protéger la biodiversité peut aussi aller à l’encontre d’intérêts économiques…

Pavan Sukhdev : Prenons le cas de la pêche. Si on continue à ce rythme, il n’y aura plus de pêche commerciale. Avec une gestion intelligente et des zones de protection étendues, vous pouvez reconstituer le stock. C’est l’intérêt économique même des pêcheurs.

Libération : Pourra-t-on parvenir à un indicateur simple de l’état de la biodiversité, comme avec la tonne de CO2 ?

Pavan Sukhdev : Ce n’est pas possible. Les systèmes sont beaucoup plus complexes. Même si on essaie de définir une valeur par service rendu (l’eau, par exemple) et par écosystème (la forêt), il faudra encore tenir compte du contexte local.

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Dernière mise à jour : ( 07-06-2010 )
 
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